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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 15:00

Auparavant, une étagère de la cuisine était consacrée aux livres de recettes. Maintenant, le premier réflexe est d’aller chercher sur le web l’inspiration pour le dîner. La montée en puissance des blogs personnels s’est traduite, notamment en France, par l’avènement d’une blogosphère culinaire de plus en plus influente. 
 
blog-culinaire.jpg 

Les blogueurs culinaires sont des blogueuses !

Animée en général par des hommes, la blogosphère culinaire appartient quant à elle à 94 % aux femmes[1] et est particulièrement active[2]. La plupart d’entre elles possèdent un diplôme supérieur et sont âgées de 30 à 44 ans. Timidement apparus au début des années 2000, les blogs culinaires ont connu une véritable explosion autour de 2006 et se sont multipliés jusqu’en 2009 mais il semblerait que l’assiduité que demande un blog en est dissuadée plus d’une et leur nombre actuel semble stagner autour de cinq mille, ce qui, comparé à la quelque dizaine des années 2005, témoigne d’un essor considérable[3].  Foodista ? Jeune mère au foyer qui découvre les joies de la cuisine ? La blogueuse culinaire exerce à plus de 70 % une activité professionnelle et 41 % d’entre elles ont des enfants de moins de 10 ans. Il semble donc que la jeune maman active soit l’un des profils les plus répandus. Quelle est leur motivation ? La première est de partager leur expérience. « Au début, je voulais partager mes recettes quotidiennes car je cuisinais beaucoup mais je me sentais isolée » raconte Anne Demay de Panier de Saison. La seconde motivation semble être un besoin d’échange et de reconnaissance. « J’avais envie, continue-t-elle,  d’un retour direct sur mes réalisations. Cela fait toujours progresser ». Le commentaire laissé par un internaute est alors vécu comme une récompense. Gratification à laquelle s’ajoute le plaisir artistique de la prise de photo, preuve indispensable de la recette testée et réussie. « Je me suis découverte une passion pour l’écriture culinaire, et pour la photo, même s’il m’arrive de m’arracher les cheveux » avoue Pascale Weeks dans son blog judicieusement intitulé C’est moi qui l’ai fait ! L’appareil photo numérique enfariné trône désormais au milieu des casseroles et autres mixers comme un nouvel accessoire de cuisine. Il peut être aussi à l’origine de la création du blog.  «La plupart de mes photos était des clichés de plats dégustés entre amis ou au restaurant. Plutôt que de les archiver dans  mon ordinateur, j’ai choisi de les partager sur la blogosphère afin que tout le monde en profite » raconte Amélie de Mélopapilles.


Tatin-de-Tomates-Melopapilles.jpg 

Guerre avec les chefs ?

Quand on passe en moyenne plus de 4 heures par semaine sur son blog, et plus de 5 h 30 pour ceux qui veulent se professionnaliser, la frontière devient infime entre amateurs et professionnels. L’organisation que nécessite la mise en ligne régulière est devenue pour certaines une véritable motivation. « J’ai l’impression d’avoir un travail même si c’est un loisir, et je me lève un peu pour lui le matin » raconte Anne de Station gourmande. Les plus médiatiques se voient de plus en plus régulièrement sollicitées par des marques de la grande distribution ou des fabricants de l’agroalimentaire pour animer des ateliers ou effectuer des démonstrations culinaires[4], d’autres sont carrément devenues stylistes ou auteurs culinaires à part entière, pourvoyant ainsi l’édition de nombreux nouveaux titres pratiques. Certains chefs de cuisine se sont inquiétés de cette concurrence déloyale en s’interrogeant sur la légitimité de leur technique allant jusqu’à les accuser de plagiats, de « dévoyer » certaines recettes ou de poster en ligne « de faux savoirs »[5]. Ce à quoi les blogueuses ont répondu qu’elles étaient elles-même victimes de copie et de reprises par d’autres blogueuses culinaires ! La notion de marque déposée n’existant pas dans le domaine culinaire, cette querelle peut faire rage longtemps… D’autant que les livres de cuisine – écrits en majorité par des professionnels - sont à 75 % de l’avis des blogueuses elles-mêmes, une source d’inspiration pour leur blog !  Mais cette querelle doit être relativisée car le domaine culinaire est assez vaste et varié pour faire la place à toutes les tendances et tous les types d’expériences. De plus, la cuisine des blogs culinaires est majoritairement une cuisine domestique, quotidienne, ménagère, « une cuisine de tous les jours », et la cuisine des chefs reste une cuisine élaborée, sophistiquée, événementielle, festive. L’important n’est-il pas de donner envie de cuisiner ?


Rable-de-Lapin-Panier-de-Saison-Anne-Demay.jpg 

Un nouveau bouche à oreilles ?

Comment expliquer ce succès ? Du côté des blogueuses, le blog culinaire a un effet boomerang. Très souvent, ce cahier de recettes en mouvement est l’occasion de visualiser ses propres défauts et de pouvoir les corriger. « Quand je relis rapidement mon blog, y jette un coup d’œil, si je vois uniquement de la viande, que des trucs gras ou autres, alors ça me fait réfléchir et j’essaie automatiquement de rééquilibrer les plats que je fais. En ce sens, le blog joue vraiment le même rôle qu’un journal intime. Il m’aide à prendre du recul sur mon alimentation » explique Aude d’Epices et compagnie.  Du côté du public, le témoignage d’une expérience vécue sur le même niveau que le lecteur est un atout considérable. Au partage d’une information directe, dans un cadre horizontal,  de cuisinière à cuisinière, s’ajoute l’interaction possible, la réponse de la blogueuse à la lectrice en désarroi. «J’adore lire des demandes d’aide pour l’une des recettes tout comme un retour sur une recette réalisée. J’ai l’impression dans une toute petite mesure de donner envie aux gens de cuisiner de nouveau ou de cuisiner autrement, d’essayer de nouveaux ingrédients » raconte Anne de Station gourmande et Estérelle d’EsterKitchen de confirmer : « c’est l’interaction avec les lecteurs qui fait toute la différence ». Le blog culinaire devient ainsi un cahier de recettes virtuel sur lequel se penchent deux personnes qui peuvent échanger ensemble. Dans le cadre général de remise en question de la parole d’expert, cette expérience vécue, partagée et commentée est un atout indéniable et remplace le bouche à oreille traditionnel. S’y ajoute aussi l’assurance d’une certaine déontologie. « Je ne parlerais que de ce que j’aime » prévient Anne Demay de Panier de Saison et Pascale Weeks de C’est moi qui l’ai fait avoue qu’il lui arrive d’être rémunérée pour créer une recette pour un produit mais que, dans ce cas, la mention « billet sponsorisé » apparaît toujours. Je n‘accepte de créer qu’à base de produits que j’aime et qui correspondent à mes valeurs ». Enfin, il y a indéniablement cette incursion du subjectif qui s’insinue à travers les lignes parfois à l’insu de la blogueuse elle-même car parler cuisine, c’est aussi parler de soi et des autres. « J’essaie toujours d’ajouter une émotion, un sentiment, qui fera naître peut-être le sourire, le rire ou une petite larme » raconte Véronique de Saveurs sucrées salées. La singularité, l’émotion, ce « retour d’amour » comme le note Gloria de Cuiller en bois contribuent à façonner une communication singulière, personnalisée auquel le lecteur est libre d’adhérer ou pas, comme une table à laquelle il pourrait s’inviter. Le blog culinaire est incontestablement un nouveau mode de transmission du savoir qui a, sans conteste, ajouté une nouvelle facette au mot « convivialité ».

 

Cake-aux-Pralines-Mercotte.jpg 

Le top 10 des blogs culinaires

 

Les historiques

La cuisine de Mercotte

C’est moi qui l’ai fait
Esther Kitchen
 

Les exotiques

Annita Panika

Le coin de Joëlle

 

 

Cléa cuisine

 

 

 

 

Le provincial trendy
Papilles et Pupilles
 

Les plus belles photos

Panier de Saison

Griottes
Mélopapilles 


[1] Etude 750 g réalisée au printemps 2011.

[2] A ce point que lorsque Google + veut activer son réseau de cercles interactifs en France, il réunit au printemps 2012  les membres influents de la blogosphère cuisine et vin, les plus actifs sur le web, lors d’une manifestation intitulée « La Cuisine des étoiles ».

[3] Source Claire Chapoutot, « Les blogs culinaires : quand internet entre dans la cuisine » in Cahiers de l’Ocha n°11, 2006. pp. 30-42 dont sont extraits la plupart des verbatim.

[4] Par exemple, Pascale Weeks (C’est moi qui l’ai fait !) et Dorian Nieto (Mais pourquoi est-ce que je vous raconte ça ?) ont animé le premier challenge prix/qualité marque Repère pour Leclerc et relever le défi de réaliser un menu pour moins de 3,5 € par personne. 

[5] Débat lors des Rencontres François Rabelais à Tours, déc. 2011.

 

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Published by Marie-Christine Clément - dans Pause Santé
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commentaires

Messergaster 04/12/2012 22:42


j'ai beaucoup réfléchi aussi aux motivations qui poussent les gens (en effet une énorme majorité de femmes) à ouvrir un blog culinaire. j'ai adoré ton billet qui soulève plein de points tres
pertinents.


[j'avais pas réfléchi au coté "therapeutique" du blog qui devient comme un "miroir" du regime alimenatire de la personne.. trop de billets avec des sucreries ou des plats gras? confronté à cette
"preuve", la mère de famille pourra se retrousser les manches pour cuisiner la prochaine fois quelque chose de plus sain en effet]

Miss Tâm 21/11/2012 09:10


Bonjour, merci beaucoup pour cet article très intéressant ! 

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