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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 16:24

chocolats.pngEnrôlé sous différents uniformes, militairement rangé, on ne sait quel chocolat choisir. Au-dessus de la boîte, notre main s’élève, hésite, voltige. Moment exquis ! Désir de tant de délicieux possibles : ganache au citron, pur Guayaquil, praliné au lait ou caramel qui croustille ? Divine attente. Dans ce coffre au trésor nichent de vénéneuses pépites, un mystère retors, peut-être une malédiction. La main fonce sur sa proie. Qui l’a guidée ? Le reflet lisse, le rouge-brun miroitant, strié d’une cicatrice, de ce palet ? Le téton rebondi surmonté d’un point blanc de cette bouchée aux marrons ou l’éclat abrupt, intensément tentant, de la noisette fracassée dont on pressent déjà le croquant ? Choisir un chocolat est un doux défi, le stade paroxystique de la gourmandise. La décision prise, la bouche s’ouvre sur sa proie. La résistance est minime, les dents n’entrent pratiquement pas en action. La lutte semble inégale, la bataille n’a pas lieu, le chocolat se rend sans palabres ni effusions. Il fond, soumis, et nous voguons alors au gré des mouvements de notre langue dans un éden soyeux. Un flux noir envahit notre palais, irrigue notre corps, atteint notre cerveau. Nous fermons les yeux. Le noir nous submerge. Ce n’est plus le chocolat qui est vaincu mais notre être tout entier. Nous n’existons plus, nous ne sommes plus qu’une pâte molle, amorphe, indécise. Nous sommes devenus chocolat. Tel un cheval de Troie, il nous inonde, nous brûle, nous paralyse. Le réel n’existe plus. Le monde s’est évanoui. Puis, trop vite, on avale. Le jour succède à la nuit avec regret mais jamais sans oubli. Le temps d’une bouchée, le chocolat nous a rendu invisible.

 

M-Ch. Clément.

 

 

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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 11:59

 noel-005.JPG

 

Carpaccio de Saint-Jacques, Ecume d'eau de Mer, Caviar d'Aquitaine et Feuille d'Huître

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Foie Gras de Canard grillé à la Clémentine, Pomme-fruit, Céleri et Genièvre

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Vol-au-Vent Régence, Ris de Veau, petites Quenelles et Truffe noire

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Langoustines rôties au Curry doux, Pince en Biscuit à la Graine de Paradis

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Salmis de Poule Faisane, Cuisse en Chartreuse

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Soufflé Mangue-Passion, Sorbet rouge Trompeur

Meringué au Chocolat, Cappucino Cacao
Crumble de Poire à la farine de Châtaigne, Aristocrate et glace Pistache

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Didier Clément, Noël 2010.
Grand Hôtel du Lion d'Or

41200 Romorantin-lanthenay, France.

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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 00:00

macarons-a.JPG


On ne mange pas un macaron.
On l’entrevoit, on le devine.
Avant de le saisir délicatement entre deux doigts,
on caresse du regard sa coque attendrissante,
on pressent la molle résistance de son enveloppe fragile
puis on le saisit avec l’assurance du prédateur tenant sa proie.
On le grignote du bout des lèvres, on le déguste.
Sa texture grenue à base de blanc d’œuf juvénile, de sucre et d’amandes mondées envahit notre bouche ; nous jouissons de l’abandon de sa ganache souple…

Notre époque n’aime pas les longues résistances,
elle prise le simulacre de la retenue,
le désir vite déjoué, aussitôt assouvi.
Nous savons inconsciemment qu’il y a quelque indécence à tant aimer les macarons…

Comme un souvenir oublié puis retrouvé,
il hante les tréfonds de notre mémoire.
Son arôme d’amande amère a humanisé les couloirs silencieux et glacés des cloîtres,
le secret de sa recette ne se transmettait 
que des antres poussiéreux des notaires aux arrières-boutiques provinciales.
Nancy, Boulay, Montmorillon, Cormery, Saint-Emilion, Saint-Jean-de-Luz…
Il y a quelque chose d’ancestral, de séculaire, de rassurant dans ce rond macaron
aujourd’hui rajeuni qui se présente à nous comme de petites balles comestibles,
jonglant de ses arômes oxymoriques avec la confusion de nos sentiments :
orange et potiron, violette et cassis, yuzu et chocolat, noisette et foie gras…
« So parisian  !» « So chic ! »

Mi bonbon, mi gâteau,
il a détrôné petits fours et choux à la crème.
Au firmament des cérémonies,
c’est lui qui pare la pièce montée,
grimpe le long de l’échelle pâtissière,
couvre la pyramide rituelle de ses gros confettis.
Le macaron est de toutes les fêtes !
Il est la fête
et incarne le grignotage élégant.

 

Sur la route de notre gourmandise,
nous semons les macarons comme le Petit Poucet ses cailloux.
Nous savons que l’ogre est au bout du chemin et nous attend,
mais en les incorporant,
nous espérons aussi retrouver le chemin du retour,
le chemin de l’innocence.

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